L'amour inconditionnel se distingue tout à fait de ces deux formes «d'amour». L'amour inconditionnel est en réalité la seule forme d'amour.
Quelles sont ses bases ?
Avant tout, il faut savoir que tout être a une valeur. Cette valeur de l'être ne se mesure pas du tout en fonction du sexe, de la race ou de l'espèce ou d'autres critères matériels. En effet, ces choses bien précises n'ont de valeur qu'en apparence. Dans la réalité, elles n'ont pas de valeur intrinsèque : ces spécificités nous forcent à agir. Elles nous forcent à rentrer dans des schémas psychologiques et sociaux ! Est-ce que nous sommes de simples schèmes ? Dans ce cas, est-ce que nous «serions» !?...
Pas plus qu'un schème sur papier ne pense, un schème humain non plus ! Avoir de l'esprit, c'est tout simplement se diriger et non se laisser diriger. Malgré tous les critères sociaux, culturels et sexuels qui nous manipulent afin que ne nous puissions pas prendre notre liberté et être tout simplement nous-même, il existe une part relative en nous qui sort des influences et qui demeure en dehors de celles-ci. Cette partie – qui n'est pas la sensation, ni les sentiments, ni la réflexion – est la sensation d'être.
Le fait de croire que ce qui fait notre essence, ce sont les sensations, les sentiments et la réflexion, revient à croire que ce qui fait l'oeil, c'est la direction en laquelle il regarde.
Ainsi, en dehors de soi, il n'y a pas de soi. Rien n'a de valeur en dehors de l'esprit. Et c'est se méprendre que d'aimer les choses qui ne font pas partie de nous même et qui – pire encore – nous déterminent.
Voilà, pourquoi si j'aime quelqu'un, je tâche d'être libre d'aimer qui que ce soit et par conséquent j'aime tout le monde. J'aime donc l'homme (le fort) et la femme (la sensible), le dauphin (l'intelligent) et le lièvre (agile et mignon), l'étoile de mer (inerte), et l'araignée (repoussante). Je ne juge pas en fonction de l'apparence, je ne juge pas non plus en fonction des intérêts de ces mêmes êtres, car les intérêts n'ont aucune valeur pour l'esprit.
Une autre erreur serait d'aimer un être en voulant comparer sa valeur intrinsèque à une autre.
De plus, qui peut savoir la valeur de son propre esprit ? Et ainsi qui pourrait dire si l'esprit d'untel a plus de valeur que l'esprit d'un autre et, par conséquent, choisir d'aimer l'un sans aimer l'autre.
Il est impossible de juger.
Juger, c'est comparer à soi ; mais qui peut estimer si nous sommes l'univers ou la poussière ?